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C’est quoi le problème avec le “Made in China” ?

En tant que slow fashionista, devons-nous boycotter les vêtements fabriqués en Chine ? La rédaction revient sur le scandale du travail forcé des Ouïghours en Chine et sur l’appellation « Made In China » ?

La Chine est le premier leader mondial d’exportation de vêtements avec un chiffre annuel estimé à 119 milliards de dollars . Plus d’un tiers des exportations mondiales proviennent de Chine et l’industrie textile du pays représente plus de 60% de la production de fibres synthétiques à travers le monde. Aussi, comment expliquer de tels chiffres et l’appétence des marques milieu et haut de gamme pour la fabrication chinoise alors qu’il n’est plus à prouver que la planète va mal ?

Une main-d’œuvre bon marché et des salaires peu élevés

Si selon le China Labor Bulletin, le salaire minimum chinois a presque doublé de 2009 à 2018 et est aujourd’hui estimé à 280€ (se plaçant en tête des SMIC les plus élevés d’Asie), la main d’œuvre reste très bon marché pour les marques occidentales dont le but est de faire un maximum de marge. De plus avec plus de 1,35 milliards d’habitants, le bassin de main d’œuvre permet de produire en vrac et de répondre au besoin rapide de l’industrie textile en terme de production. Seulement voilà, depuis la mise en place du Programme de développement durable à l’horizon 2030 par les Nations Unies en 2016, l’augmentation des salaires a rendu la Chine moins compétitive et les pays asiatiques comme le Bangladesh, où le salaire minimum n’existe pas, en ont profité pour proposer des coûts de productions moins élevés. Résultat : la Chine perd en valeur et l’industrie voit ses chiffres baisser de manière drastique depuis la mise en place de la nouvelle réglementation.  

Le travail forcé des Ouïghours et les emplois non déclarés

Pour ne pas voir leurs bénéfices annuels baisser, certaines manufactures se sont donc tournées vers le travail non déclaré afin de rester compétitif. Ainsi, des millions de travailleurs, pour la plupart migrants vivant en zones rurales, sont exploités et n’ont aucun contrat écrit, les rendant d’autant plus vulnérables à l’exploitation et aux abus. C’est le cas des Ouïghours, minorité musulmane chinoise. Selon le rapport de l’institut Australien de Stratégie Politique, entre 2017 et 2019, plus de 80.000 Ouïghours, détenus dans la région du Xinjiang, ont été transférés dans des usines appartenant aux chaînes d’approvisionnement de marques connues mondialement comme Adidas, Lacoste, Gap, Nike, Puma, Uniqlo, ou encore H&M… Ces ouvriers placés dans des « centres de formation professionnelle » selon le gouvernement chinois, sont en fait privés de liberté et contraints de travailler sous étroite surveillance.

Une production particulièrement polluante

Selon un rapport de la Banque mondiale en 2013, seize des vingt villes les plus polluées au monde se trouvent en Chine. Les restrictions sanitaires du Programme de développement durable ne sont pas appliquées et n’empêchent pas les usines d’utiliser certains produits chimiques dangereux lors du traitement des vêtements. Nous vous en parlions d’ailleurs ici,  70% des rivières et lacs d’Asie sont aujourd’hui contaminés par 1 milliard de litres d’eaux usées produites par l’industrie textile.

Quoi qu’il en soit, pour les marques, produire en Chine signifie plus de bénéfices. Qu’elles soient leader dans la fast fashion (H&M, Primark, Zara…) ou bien connues dans le milieu de gamme (Coach, Tommy Hilfiger, SMPC…), la fabrication chinoise s’organise autour de leur demande. Notre devoir de consommateur engagé est donc de boycotter au maximum cette fabrication réglementée en surface, mais encore trop largement opaque. Car oui, la Chine produit ce que les entreprises et les consommateurs demandent : des vêtements de mauvaise qualité, polluant les cours d’eau, cousu par des employés exploités, souvent non déclarés, mettant leur santé en danger.

Le point Coronavirus

Le Covid-19 permettra-t-il à la fabrication européenne de voir son chiffre grimper ? Le gouvernement chinois a fermé de nombreuses usines et ce depuis plusieurs semaines. Les usines ne fonctionnent toujours pas à pleine capacité et les quarantaines et restrictions de voyage empêchent la croissance économique. Si cela ne devrait pas se faire sentir avant plusieurs mois (le temps que les stocks s’épuisent), il est fort probable que les marchés occidentaux en profiteront pour récupérer une partie du lead. Le virus pourrait donc donner l’avantage à une production locale et mettre du beurre dans les épinards des manufactures européennes.