NEWS

C’est quoi le problème avec les baskets éco-responsables ?

C’est quoi le problème de la basket durable ? La mode éco-friendly n’a jamais autant eu le vent en poupe et pourtant il est toujours aussi difficile de trouver une sneaker responsable. La rédaction vous permet d’y voir plus clair.  

En 2019, selon Grand View Research, le marché mondial des baskets était évalué à 71 milliards de dollars. Ce chiffre devrait croître de 5% chaque année pour atteindre les 95 milliards de dollars d’ici 2025. Près d’un milliard de baskets seront vendues cette année-là. Parallèlement, la menace du changement climatique est plus présente que jamais et la demande de produits éco-conçues de la part des consommateurs est de plus en plus forte. Ainsi, plusieurs start-ups et entreprises innovantes ont senti le bon filon et se sont lancées tête baissée dans le marché de la basket eco-friendly. Ce ne sont d’ailleurs pas les seuls, puisque Adidas a présenté cette année sa basket fabriquée à partir de déchets marins. Nike, de son côté,  propose une semelle à 50% fabriquée à partir de matériaux recyclés. Pourtant, les marques de baskets proposant des solutions “zéro impact pour la planète” se comptent sur les doigts de la main. Comment expliquer cette faible proposition alors que le public n’a jamais autant été sensibilisé à la mode durable ?

Un marché construit sur les tendances

Depuis son essor, l’industrie de la basket s’enrichit grâce à un business model basé sur les tendances. Les nouveaux slow modeurs arrivent en moyenne à intégrer l’idée du vêtement intemporel traversant les années, mais pourtant, aussi complexe a réalisé soit-elle, la basket souffre toujours de son statut « d’accessoire » jetable et remplaçable. C’est d’ailleurs pour cela qu’aucun leader ne se lance réellement sur le marché durable malgré la forte demande de la part des 18-34 ans (40% d’entre eux estiment important d’intégrer l’éco-conception au processus de fabrication). Cela demanderait beaucoup de travail aux fournisseurs, aux partenaires et aux équipes de développement produits, engendrant des coûts qui ne pourraient être compensés.

Baskets VS baskets éco-responsables

Les marques pionnières du secteur le revendiquent : la fabrication de leurs baskets coûte moins à la planète. Selon Veja, l’éco-sneaker dont la semelle est à 40% composée de caoutchouc naturel « cristallise les grands problèmes de la mondialisation grâce à sa production, sa diffusion et son utilisation ». Mais qu’en est-il vraiment ? Une basket dite durable est-elle moins polluante qu’une basket « non-durable » ? Selon une étude menée par le MIT et reprise par RunRepeat, rien n’est moins sûr. En comparant, les matières, les méthodes de fabrication et la durée de vie des deux baskets, opter pour une version eco-friendly ne réduirait que de 10% votre empreinte carbone.

Native Shoes – assemblage cousu – 100% biodégradable – 200$

Le coût d’une basket 100% eco-friendly

Que ce soit en optant pour du nylon ou le polyester recyclé (lui aussi problématique pour l’environnement), ou alors en intégrant des matières naturelles comme le liège ou le Pinatex, pour les marques éthiques proposant des baskets éco-responsables, il reste difficile de proposer une sneaker qui ne laissera pas son empreinte sur la planète AKA une basket biodégradable. Et cela tient à une problématique d’assemblage dont la solution est encore trop coûteuse pour être viable pour la plupart des entreprises. Traditionnellement, les différentes parties de la chaussure sont assemblées par une colle chimique qui ne se biodégrade pas. Il faudrait donc coudre la semelle et donc ajouter un budget supplémentaire pour cette main d’œuvre expérimentée. Cela augmenterait le prix d’une basket éco-responsable de 45%. De quoi freiner les consommateurs estimant que la mode durable n’est déjà pas assez accessible.

Le cas de la basket de running

Nous en parlions un peu plus haut, les leaders du marché ont récemment mis un pied dans le monde de la basket éco-responsable. Pourtant, il aura fallu investir 10 ans de recherche pour qu’Adidas présente en 2019 la «running shoe» Loop, entièrement recyclable. Vierge de toute colle, cette basket du futur est composée de TPU (Polyurethane thermoplastique), une matière 100% réutilisable. Si cette innovation ne sera commercialisée qu’au printemps 2021, c’est parce qu’elle est la première chaussure de running fabriquée à partir de nouveaux matériaux. Car oui, pour Adidas, Nike et autres enseignes de footwear spécialistes de la chaussure technique, intégrer l’éco-responsabilité ne suffit pas. Il ne faut pas que celle-ci endommage les performances du produit. Toutes leurs chaussures sont soumises à une batterie de tests tels que l’isolation thermique, les cycles de compressions et les tests d’amortissement de la semelle (permettant l’optimisation énergétique du sportif). Une fois approuvées, les baskets sont brevetées. Un processus long et fastidieux qui n’aide pas à l’expansion de la sneaker éco-responsable à travers le monde.

Du coup, on fait quoi ?

Lorsque l’on regarde de plus près l’industrie de la basket éco-responsable, il ne fait aucun doute que le chemin menant à l’impact zéro est encore long. Les leaders sont encore frileux à investir dans des recherches longues et coûteuses et les marques émergentes n’ont pas la popularité, ni les moyens de vendre une basket 100% recyclable. C’est alors à nous consommateurs de faire nos choix en connaissance de cause. Pour faire de la basket un produit plus respectueux de la planète, il faut donc en acheter moins et prolonger leur vie le plus longtemps possible.

Adidas – Futurecraft Loop – sortie prévue en 2021
Source : Grand View Research – RunRepeat