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Kiko : Comment la mode éthique m’a sauvé la vie ?

The Alleah

C’est lors d’une soirée autour de la mode responsable que la rédaction de The Alleah a rencontré Kiko, cette japonaise au regard chaleureux et aux jambes incroyables. Aujourd’hui Kiko a signé dans une agence de mannequins éthiques et nous raconte avec transparence sa descente aux enfer dans l’industrie de la mode et comment la slow fashion lui a redonné vie

Je suis devenue mannequin après avoir été repérée dans les rues de Tokyo à l’âge de 13 ans. C’est à 16 ans que j’ai décroché mon premier contrat, m’envolant presque immédiatement pour le Canada. L’idée ? Allier mes études à mon rêve, celui de devenir mannequin international. Je savais que pour cela, je devais apprendre à parler anglais. Là-bas, grâce à quelques contacts, je me suis rapidement fait une place dans ce milieu si privilégié. J’ai participé à la Fashion Week et j’ai signé avec deux agences. L’une d’elle m’a demandé de perdre environ 5 kg le plus rapidement possible afin de ressembler au mannequin « parfait » des podiums. Ma génétique fait que j’ai toujours été fine. Aussi, je me souviens encore très bien de ce moment, après une réunion passée à l’agence, seule dans l’ascenseur, ou je me suis jurée de répondre à leurs attentes. J’ai alors suivi un régime draconien pour perdre un maximum de poids. Je voulais que mon corps et mon implication les impressionnent.

Mon alimentation de l’époque reposait sur l’ingestion de pommes et des feuilles de salades sans sauce et je fusionnais d’idées pour éviter les diners avec ma famille d’accueil. Je pensais que tout cela était bon pour moi. J’ai également poussé le sport à l’extrême en pratiquant deux heures de cardio par jour plus d’une heure quotidienne de natation. Au bout d’un mois et demi, les résultats étaient là et j’avais réussi à décrocher un contrat avec une des plus grandes agences de mannequin du monde.

“Je pesais 45kg pour 1m80, j’avais trop froid pour m’endormir et j’étais si faible que les médecins m‘ont dit que je risquais le malaise cardiaque”

Plus tard, après un casting, un de mes responsables m’a envoyé ce mail « J’ai montré tes photos au Top Manager pour les mannequins asiatiques. Il pense que ton nez sera un problème, ils aiment que les nez soient fins et délicats et se demandent si tu ne voudrais pas faire de la chirurgie pour le changer. Également, il serait bien d’envisager de porter un appareil pour rendre tes dents plus droites. Je vais t’envoyer des photos de filles ayant eu recours à Invisalign pour que tu te fasses une idée. ». À ce moment là, en plus d’avoir honte de mon corps, j’ai commencé à ne plus supporter mon visage. J’ai commencé à développer des troubles alimentaires sévères mais aussi mentaux. J’avais une très faible estime de moi, je suis tombée en dépression et il n’a pas fallu bien longtemps avant que mon régime très strict m’envoie à l’hôpital. Je pesais 45kg pour 1m80, j’avais trop froid pour m’endormir et j’étais si faible que les médecins m‘ont dit que je risquais le malaise cardiaque.

Mon corps et mon esprit étaient à bout. C’est à ce moment là que j’ai décidé de me reprendre en main et de ne plus vivre à travers le prisme de l’industrie de la mode.

On me demande souvent ce qui m’a aidé à me remettre sur pied et voici ce que je réponds toujours : j’ai appris à m’aimer. Lorsque j’étais malade, je pensais que ce qui me rendrait heureuse serait de suivre les conseils des autres, particulièrement ceux de mes agents. Mais cette quête du succès et de la beauté parfaite n’a fait qu’accroitre mon mal être. Même si cela a pris un certain temps, j’ai compris que j’étais la seule décisionnaire de mon bien-être. J’ai appris à apprécier ce que j’avais et à ne pas chercher de validation extérieure.

S’aimer soi-même, c’est aussi accepter son corps et trouver des solutions durables pour en prendre soin. Mon mode de vie s’axe aujourd’hui autour des plantes. Je mange des légumes, des fruits, des céréales complètes et pratiquement jamais de produits d’origine animale. J’ai banni les aliments transformés de mon alimentation, ainsi que le sucre et les céréales raffinées. Bien nourrir son corps, c’est aussi bien nourrir son esprit. À l’heure actuelle, je suis encore mannequin, mais j’ai signé dans une agence éthique (JSW), plus en accord avec la personne que je suis devenue. Ce que je veux c’est accompagner le mouvement slow fashion. Je travaille pour des marques éthiques responsables avec des véritables valeurs, concernées aussi bien par les droits de l’homme que par l’environnement.

Aujourd’hui, je suis en paix, heureuse et en bonne santé, bien que ces moments passés au Canada ont été difficiles, ils ont permis de façonner la personne que je suis et de me rapprocher de mes valeurs. J’aide désormais les femmes et les hommes à faire la paix avec leur corps et à prendre leur santé en main grâce à la nutrition à travers mon blog, mais aussi en véhiculant une image de la mode plus positive grâce à mon travail en tant que mannequin éthique.

Léa Marcq est la fondatrice et rédactrice en chef de THE ALLEAH. Sa mission est de démocratiser la mode responsable. La rendre plus ludique et plus accessible aux lecteurs de THE ALLEAH.