FASHIONNEWS

Covid-19 : géants du luxe et petits créateurs unis face à la crise ?

Face à la crise sanitaire que nous vivons aujourd’hui, il semblerait que le savoir-faire textile ait toute son importance, et que les compétences scientifiques du secteur de la beauté soient également mobilisées. Initiatives massives d’industriels, fabrication artisanale de masques à l’échelle individuelle, plateforme de couturiers bénévoles… L’industrie de la mode et du luxe montre un front uni et solidaire face à la pandémie mondiale. 

Début avril, ils ont tous pour la plupart déjà publié un communiqué officiel. Chanel, LVMH, L’Oréal, Hermès, Kering : les industriels du luxe se sont rapidement mobilisés face à la crise du covid-19. En tant que géants de l’économie, les groupes de luxe français se sont massivement engagés à ne pas avoir recours au chômage partiel pour ne pas peser sur les comptes de l’Etat. L’aide financière est également soutenue par des dons : Chanel et Hermès versent respectivement 1,2 million et 20 millions d’euros à la Fondation AP-HP pour soutenir les efforts médicaux. 

Les industriels français et italiens du luxe ont également mis à disposition des infrastructures et des travailleurs inhabituels – les couturier.e.s de haute couture – afin de soulager la gestion de crise hospitalière. En Italie, 1,5 million de masques sont actuellement produits chaque semaine par les couturier.e.s des grandes maisons (Gucci, Prada, Giorgio Armani…), et l’effort se poursuit car la région de Lombardie vient de déclarer le port du masque obligatoire pour tout déplacement extérieur, une règle qui est actuellement en discussion en France.

Le Comité Stratégique de la Filière Mode et Luxe a été missionné par le Ministère de l’Économie et des Finances afin de diffuser l’information et de coordonner les différents acteurs de la filière textile Made In France concernant la production de masques. Deux types de masques à usage non sanitaire ont été prototypés et validés par les pouvoirs publics : les masques individuels de catégorie 1 à usage des professionnels en contact avec le public (5 types de secteurs : agroalimentaire, distribution, pharmacie, gestion de l’eau et gestion des déchets) et les masques de catégorie 2 à visée collective pour protéger l’ensemble d’un groupe. Ils ne sont cependant pas adaptés à un usage médical. Le rôle du CSF vise à coordonner les différentes initiatives de la filière, ce qui participe à afficher cette unité au sein de la filière. 

De son côté, le groupe Kering a largement participé au financement du projet innovant “3D COVID”, permettant l’acquisition d’un parc de 60 imprimantes 3D installées à l’hôpital Cochin AP-HP afin d’imprimer le matériel médical nécessaire : visières de protection pour les soignants, masques, valves pour respirateurs artificiels d’urgence…

Il y a également des initiatives plus localisées : la marque italienne Pinko a fait don de 15 casques de ventilation à l’hôpital Vaio de la petite ville de Fidenza. La marque a également eu l’idée de produire des t-shirts Italia Ti Amo, qui une fois achetés permettent de financer 6 tests de diagnostic au covid-19, répartis sur le territoire. 

Au sein du secteur de la beauté, les formules de parfums ont été troquées par des formules de gel hydro-alcoolique, qui est notamment massivement produit par La Roche Posay du groupe L’Oréal et acheminé dans les structures soignantes européennes. La marque Garnier, quant à elle, produit et équipe en gel hydro-alcoolique les magasins de distribution alimentaire européens. Ces mesures sont prises dans le cadre du plan européen de solidarité lancé par l’Oréal. 

Finalement, on observe une coopération publique-privée à l’échelle européenne, mais il existe également une mobilisation horizontale au sein de l’industrie de la mode, entre gros et petits acteurs. Ainsi, de nombreuses initiatives bénévoles se sont développées parmi les couturier.e.s ou les associations travaillant dans le textile pour produire des masques artisanaux en tissus qui peuvent servir de masques barrières. Un guide rédigé par l’AFNOR (Agence Française de Normalisation) permet d’appréhender les exigences minimales pour ce type de masques, ainsi que les matières préconisées. Ce guide est à destination des professionnels et des particuliers et peut évoluer au fil des échanges avec les pouvoirs publics. À l’échelle des particuliers, la plateforme bénévole Àvosmasques.fr met en relation les particuliers en capacité de coudre et donner des masques, et les personnes pouvant en avoir besoin. 

Parmi toutes les initiatives qui sont prises à la fois par les groupes mais également par les petites structures et particuliers au sein de la filière textile et mode, une initiative de solidarité au sein même de la filière mérite d’être mentionnée : face aux grandes difficultés économiques que subissent les petites structures, très touchées dans le milieu créatif, la griffe new-yorkaise Pyer Moss, créée par Kerby Jean-Raymond, mobilise un fonds de 50000 dollars pour aider les petites entreprises du secteur créatif montées par des femmes ou des minorités sociales (lui-même ayant reçu le prix CFDA/Vogue Fashion Fund visant à soutenir la jeune création). 

On observe donc divers mouvements : des mouvements verticaux au sein même de l’industrie de la mode, visant à soutenir les plus petits acteurs, et une mobilisation horizontale de la filière qui va vers l’extérieur et coopère avec le secteur public. Lors de cette crise, tous les acteurs de la filière de la mode et du luxe, quelle que soit leur taille, partagent le même objectif de soutien à la structure hospitalière, en mobilisant leurs moyens, infrastructures et savoirs-faires ; et de soutien et à la situation économique, en anticipant les difficultés économiques futures et en soutenant les plus petits acteurs. Reste à espérer que cette solidarité transversale se poursuive suite à la crise sanitaire, notamment dans un contexte incertain de relance économique – et écologique

Credits photos : Gucci – Pinko