NEWS

Développement durable : Pourquoi Kering ne peut pas devenir Green avant 2025 ?

Les objectifs de développement durable (ODD) tels qu’énoncés par les Nations Unies mettent en place un agenda à l’horizon 2030 sur trois principales dimensions : environnementale, sociale et économique. De fait, pour atteindre les objectifs globaux, les industries se mobilisent et créent leur propre agenda. Comment se positionne l’industrie de la mode et du luxe ? Quel est l’agenda mis en place ? Se positionne-elle sur un agenda à horizon 2030 ou a-t-elle implémenté des objectifs à accomplir plus urgemment ? 

Il y a un peu plus d’un an a été présenté le Fashion Pact aux représentants du G7 à Biarritz, signé par 200 marques représentant un tiers de l’industrie de la mode et du luxe et mené par le groupe Kering. Le pacte promet d’agir sur trois leviers : le climat, la biodiversité et les océans, inspirés des numéros 13, 14 et 15 des ODD.

Certains objectifs sont énoncés pour 2025 et d’autres pour 2030. Pourquoi y a-t-il des différences d’échelles temporelles, et qu’est-ce qui fait que certains objectifs ne peuvent être réalisés avant 2030

Concernant le climat, si le réchauffement climatique doit être limité à une hausse de 1,5 degré, cela demande une réduction d’émission de gaz à effet de serre de 45% d’ici 2030. L’industrie de la mode a un rôle important à jouer dans cette réduction. Les objectifs énoncés dans le cadre du climat par le Fashion Pact sont :

  • un engagement à utiliser au moins 25% de matières premières à impact environnemental faible d’ici 2025
  • l’utilisation d’énergie renouvelables sur 50% de la chaîne de valeur d’ici 2025, puis 100% d’énergies renouvelables d’ici 2030

Si on regarde en détail le bilan du Fashion Pact après leur première année d’efforts, l’objectif a déjà été atteint et même dépassé pour le coton (40% du coton utilisé a un impact environnemental moindre), qui est une matière ordinairement très polluante. L’objectif de 25% pour 2025 peut paraître faible, mais en réalité la production de matières responsables est encore timide par rapport à la taille de l’industrie et de certains signataires qui ont besoin de gros volumes, à l’échelle de leur production. Certains se sont engagés plus spécifiquement, comme Prada avec son projet Prada Re-Nylon qui utilise du nylon recyclé, en partenariat avec Aquafil et sa fibre déposée Econyl (plus de détails sur cette fibre dans notre article sur les maillots de bain éco-responsables). Concernant l’utilisation de 50% d’énergies renouvelables d’ici 2025, un tiers des signataires du pacte y sont déjà parvenus alors que nous ne sommes pas encore en 2021

Toutes les étapes de la chaîne de production ont été délocalisées et sous-traitées à plusieurs partenaires et fournisseurs dans les années 90.

Sur le volet de la biodiversité, le Fashion Pact s’engage à assurer une gestion durable de la forêt et contre la déforestation d’ici 2025, cela passe notamment par les partenaires et le sourcing des matières premières, ainsi que par des projets de reforestation avec des ONG. En outre, les signataires ont également établi un plan individuel relatif à la protection de la biodiversité, alors que 80% n’avaient alors aucune action spécifique dédiée à ce sujet avant 2020.

Enfin, concernant les océans, l’industrie a une réelle responsabilité, les textiles étant responsables pour près de 90% de rejet de microplastiques dans les océans. Concernant l’utilisation de plastiques comme emballages, les marques membres du pacte promettent une suppression totale de l’utilisation du plastique non nécessaire dans les produits à destination des consommateurs d’ici 2025, et d’ici 2030 dans les échanges avec leurs fournisseurs. 

Pour le plastique qu’il faudrait inévitablement utiliser, ils assurent que la moitié sera 100% recyclable d’ici 2025 pour les emballages à destination des consommateurs, contre un objectif à 2030 pour les emballages utilisés entre les fournisseurs. 60% des sacs plastiques utilisés en retail ont déjà été supprimés durant la première année, mais il reste des efforts à faire du côté B2B. 

Le dernier point sur les océans dévoile toute la difficulté de certains objectifs énoncés pour 2030, et non pour 2025. Pourquoi ne peuvent-ils pas être réalisés plus tôt ? Il s’agit en fait de la fragmentation de la chaîne de valeur des entreprises de l’industrie de la mode et du luxe : toutes les étapes de la chaîne de production ont été délocalisées et sous-traitées à plusieurs partenaires et fournisseurs dans les années 90. Aujourd’hui, la multitude d’acteurs pour la création d’un produit est telle qu’il est très difficile pour une marque d’avoir une visibilité et un contrôle sur toutes les étapes, d’où l’horizon 2030 qui concerne surtout le B2B (Business To Business). 

Cela soulève aujourd’hui l’importance de la traçabilité et du suivi des données, de la matière première jusqu’au produit fini, d’où le développement de plusieurs technologies dont la blockchain dont on entend beaucoup parler. La traçabilité permettrait d’assurer que les objectifs fixés en matière de développement durable soient respectés tout au long de la chaîne et que les partenaires choisis respectent bien les valeurs prônées par la marque.

Fixer des objectifs communs pour plusieurs entreprises à taille et business model  différents n’est pas évident, et chacune avance à son rythme selon son point de départ et ses ressources. L’énonciation de ces objectifs permet en tout cas la mobilisation des acteurs. Le groupe Kering est très actif sur le volet du développement durable : 67% de toute sa chaîne au niveau international utilise des énergies renouvelables, et 88% des matières premières sont tracées. 

Les résultats un an après la signature du Fashion Pact montre que l’industrie est capable de réaliser des efforts impactant pour la protection de l’environnement. Le positionnement de Kering est précieux, il est à la fois significatif d’un changement de mentalité et donne l’exemple au sein de l’écosystème. Si les grands acteurs se mobilisent du côté de toutes les petites entreprises et associations qui se battent déjà pour leur vision d’une mode durable et responsable, l’industrie de la mode est prometteuse. Bien que le chemin soit encore long à parcourir, le Fashion Pact est un premier pas consistant vers une industrie plus raisonnée, et qui, au-delà de son aspect très compétitif, peut faire preuve de collaboration et de solidarité