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En mode, j’oublie tout

La mode en tout temps est affaire d’invention, de provocation et de changement. Elle est, aussi et surtout, affaire de convergence, comme le rappelle le sociologue Frédéric Godart. La mode en effet n’est rendue possible que par la concentration des désirs autour d’une tendance, d’une esthétique, d’un état d’esprit ou même d’un “lifestyle”. La mode a cette faculté de rassembler des individus, en apparence que tout oppose, grâce à un seul point de convergence qui durant un temps les incitera à adopter tel goût, tel style ou telle attitude. Une mode qui, pour un temps, les liera les uns aux autres et fera d’eux un crew, une clique, une communauté.

La mode a donc un pouvoir fédérateur immense. Celui de nous unir les uns aux autres, sans passer par l’autel, pour le meilleur et pour le pire. Des robes en rhodoïd de Paco Rabanne à l’ugly fashion érigé en art par Balenciaga, des bottes UGG arborées aux pieds du monde jusqu’à la petite robe noire d’Yves Saint Laurent. La mode, c’est cette force irrationnelle qui nous lie et nous transporte sans état d’âme, ni désir illusoire. Car la mode, on le sait, un jour passera, laissant place à une nouvelle. Tel est le cycle capricieux et volage de la mode. Tel est le contrat établi dès l’origine. Cette mode, un jour, tu oublieras, puis tu retrouveras. La mode rassemble donc, bien plus qu’elle ne divise. En transgressant les goûts des uns elle renforce le goût des autres. En apportant constamment du renouveau, elle sublime la diversité et l’éclectisme, célèbre la pluralité des idées, des corps, des genres et des esthétiques. La mode revêt donc bien des modes.  

Car la force symbolique de la mode, c’est son éternel recommencement. En 1973, dans “La société du spectacle”, Guy Debord dénonce le temps spectaculaire de la mode qui présente un objet comme étant “nouveau” pour susciter continuellement la consommation. Cette critique omet pourtant le processus d’identitié et d’identification qui découle de la mode. Car, au delà, d’un simple vêtement, au delà d’un simple objet périssable, elle revêt bien d’autres qualités. L’acte de création repose sur une logique temporelle et socio-culturelle, la représentation infinie du monde qui nous entoure et son possible détournement. La mode en cela est une source d’éveil. De réveil. Une source de nouveauté, de fantasme et d’imagination. Un puit sans fin de création, comme en témoigne récemment l’art de l’upcycling, ce patchworks de cultures, de temporalités, d’influences et de goûts. Car la mode est constituée d’une pluralité de mode au singulier. La vôtre.   

La mode est morte, vive la mode. Sa beauté réside dans sa fragilité et sa modestie : celle de n’être qu’illusoire et passagère. Sa richesses réside dans sa capacité à suivre le temps qui court et le rythme des saisons : du printemps à l’été, de l’automne à l’hiver. Sa puissance ? Se réinventer continuellement. Ne jamais disparaitre, finalement. La mode, seule, est parvenue, par ironie du sort, à créer la nouveauté tout en restant classique, à perpétuer la tradition tout en étant avant-garde. La mode est atemporelle, c’est là sa plus grande qualité. 

En ce mois de mars confiné, alors qu’au dehors, le printemps commence tout juste à pointer le bout de son nez, on se demande commer passer l’ennui, comment s’occroyer quelques moments de liberté. Peut-être est-il temps alors de chercher la nouveauté, de souhaiter la différence. Créer le style de votre humeur. Osez ce que vous n’avais jamais osé. 

L’imagination et la création, disait Baudelaire, sont les plus grands remèdes au spleen. En ce temps troubles, réinventons la mode. Imaginons la prochaine.

Robe Diane Paris
Crédit photo : Diane Paris