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En quoi le salaire des travailleurs vietnamiens nous concerne-t-il ?

Chez The Alleah, nous sommes les premiers à penser que nous ne pourrons pas faire avancer le mouvement Slow Fashion si nous culpabilisons le consommateur. Nous préférons largement mettre en avant mettre les marques éthiques et responsables pour lesquelles les valeurs sont aussi importantes que le design et pour qui la mode responsable n’est pas une niche, mais bien l’avenir. Cependant, il nous faut parfois, même à la rédaction de The Alleah, mettre de côté les beaux vêtements et les discours positifs, pour nous reconnecter aux racines parfois moins édulcorées de notre projet et du mouvement Slow Fashion.

Le nouveau rapport de la Fair Labor Association, intitulé «Vers une rémunération équitable au Vietnam: un salaire minimum vital», a collecté les données de 13 000 travailleurs dans 38 usines sur une période de trois ans. Le rapport a révélé que de nombreux travailleurs employés au Vietnam ne sont pas en mesure de subvenir à leurs besoins avec un salaire minimum nettement inférieur et offrant une durée de vie bien inférieure à la norme internationale. Pour rappel, avec plus de 2,5 millions de travailleurs et 6 000 usines, le Vietnam est le troisième plus grand exportateur de vêtements au monde, derrière la Chine et le Bangladesh.

En utilisant la norme fournie par la Global Living Wage Coalition (GLWC), qui inclut le logement, la nourriture, les achats non alimentaires et une épargne modeste, les chercheurs de la FLA ont déterminé que le versement annuel net pour un travailleur à temps plein était inférieur d’environ 25% à ce qui serait nécessaire pour atteindre un niveau de vie décent. Aussi, pour atteindre la norme établie par la coalition, les travailleurs devraient gagner environ 48 dollars de plus par mois après déduction des impôts. Ainsi pour parvenir à ce minimum vital il n’est pas rare que la plupart des ces travailleurs enregistrent 50h supplémentaires par mois (pour comparaison, il est interdit d’accumuler plus de 46h d’heure sup’ en France par mois). De surcroît, la plupart des employeurs textiles ont commencé à mettre en place des rémunérations incitatives n’entrant en jeu que lorsqu’un certain nombre d’heures supplémentaires ont été effectuées, forçant ainsi les employés au surmenage.

Alors en quoi cela nous concerne-t-il ? Pour promouvoir un salaire minimum vital, les marques et grands groupes textiles doivent assouplir leurs négociations et revoir les délais de productions (aujourd’hui irréalistes) imposées aux manufactures vietnamiennes. Celles-ci ne respectent plus depuis longtemps les cycles de production et ne permettent pas aux usines de mettre en place des calendriers confortables pour leurs employés. Bien évidemment, cette solution potentielle implique des coûts supplémentaires pour les marques, fournisseurs et, nous, consommateurs. Nous pouvons aujourd’hui agir en étant plus exigeant sur les étiquettes et en demandant plus de transparence aux marques de fast fashion. C’est également en acceptant de payer au prix juste (et donc souvent plus élevé) nos vêtements et en se limitant sur notre demande de nouveauté que nous inciterons petit à petit les marques à revoir leur business model.

Source : Sourcing Journal
Léa Marcq est la fondatrice et rédactrice en chef de THE ALLEAH. Sa mission est de démocratiser la mode responsable. La rendre plus ludique et plus accessible aux lecteurs de THE ALLEAH.