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ETHICAL MUSE : Elena Sans H nous parle d’éco-féminisme

Chaque mois, la rédaction de The Alleah vous présente une nouvelle actrice de la mode responsable. Créatrices, mannequins ou activistes, ces femmes ont un but commun : rendre le monde meilleur. Ce mois-ci, focus sur Elena Sans H, influenceuse et nouvelle muse éthique de la rédac’

Bonjour Elena, peux-tu te présenter en quelques lignes pour celles et ceux qui ne te connaissent pas ?

Je suis Eléna, créatrice du blog Elena sans H sur lequel je partage mes engagements écologiques (mode éthique, seconde main, zéro déchet, etc) et réflexions sur la vie professionnelle et personnelle. Je vois mon blog comme une forme de carnet de bord qui m’accompagne au fil de ma vie. À côté de cela, je suis tout juste diplômée en économie sociale et solidaire, après une reprise d’études d’une année. Comme je pense qu’il est important de ne pas se définir uniquement par « ce que l’on fait dans la vie », j’ajoute également que je suis passionnée de danse depuis toute, toute petite, que j’ai grandi dans une famille multiculturelle puisque ma mère est anglaise et mon père est français, que je suis une personne joyeuse et têtue (c’est ce qui ressort le plus souvent auprès de mon entourage).

Peux-tu nous parler de toi et de comment t’es venue l’envie de t’engager ? Quelles sont les causes qui te tiennent à cœur ?

C’est quelque chose qui, même de manière très discrète, a toujours fait partie de moi. J’ai toujours été hyper sensible au bien-être animal, à veiller à respecter autrui, ne pas faire aux autres ce que tu n’aimerais pas qu’on te fasse et c’est valable pour tout. Cela dit, je ne suis pas parfaite du tout et j’ai encore beaucoup de progrès à faire. Mais tant qu’on est sincère avec soi-même, c’est l’essentiel ! Il y a eu un vrai tournant dans ma manière de consommer, de voir les choses quand je suis partie faire une randonnée équestre dans le Vercors, l’été 2015. J’avais très envie d’être seule, dans la nature, et de sortir de mon confort de vie. Suite à cela, j’ai commencé un service civique pour une association de sensibilisation et tout a changé. 

Qu’est-ce que l’éco-féminisme ?

Vaste et difficile question puisqu’il n’existe pas de définition de l’éco-féminisme. Ce n’est pas quelque chose de dogmatique, qui a des règles établies et qu’il faudrait respecter. Mais si je pouvais définir à ma façon l’éco-féminisme, je dirai que c’est un grand mouvement qui rassemble les femmes de toutes origines, tous milieux, autour de la protection de la Nature.

Quels sont les différents combats que mènent les éco-féministes ?

Je pense que je ne m’y connais pas encore suffisamment pour définir les différents combats menés par les éco-féministes, puisqu’il existe une très grande variété de textes, de poèmes, d’écrits éco-féministes. Je recommande d’ailleurs l’excellent recueil de textes éco-féministes rédigé par Emilie Hache, Reclaim.  Je dirai que le combat principal est celui de la lutte contre le système patriarcal. Et cela passe en grande partie pa la protection de la Nature. Les grandes penseuses du mouvement éco-féministe affirment que l’asservissement de la femme et l’asservissement de la Nature sont intimement liés et luttent donc pour en finir avec un système qui a choisi de positionner la femme et la Nature comme objets. 

À l’intérieur de ce mouvement, il faut donc choisir ses batailles. Quelles sont les tiennes ?

Pour moi, il n’y a pas de batailles à choisir. Je veux que l’on se considère comme faisant parti de la Nature, je veux que l’on réintègre cette idée que nous sommes tous issus de celle-ci et ainsi, je veux que la féminisation de la Nature, que la féminité soit acceptés par toutes et surtout TOUS. Je pense sincèrement que ce qui est aujourd’hui qualifié de féminin (le Care, la bienveillance, etc) peut faire partie intégrante de chaque individu sur cette planète.

Faut-il être armé psychologiquement pour rejoindre le mouvement ? Quels conseils donnerais-tu aux femmes voulant s’impliquer d’avantage ?

Je pense que pour s’armer psychologiquement, il faut lire, il faut comprendre, il faut analyser. On ne peut pas se contenter d’écouter ce qu’on nous dit de faire, il faut aller plus loin, retourner aux sources. Et c’est grâce à ce bagage intellectuel qu’on peut se considérer comme armée (même si je n’aime pas ce terme qui renvoie à une certaine masculinité allant à l’encontre des idées éco-féministes). Quant aux conseils que je donnerai… Disons que je n’aime pas me positionner en tant que conseillère, surtout quand je manque moi-même d’expérience. Et encore une fois, je ne pourrais que renvoyer vers des lectures qui, elles, participeront à former la pensée et donc les actions qui s’en suivent.

Pour certains, l’idée que la femme serait plus « naturellement inclinée » à prendre soin des autres et de la nature est une idée renforçant les différences et le patriarcat. Qu’en penses-tu ?

Je ne pense pas que cela renforce le patriarcat. Je pense que cela a été voulu et créé par le patriarcat. Cela fait des millénaires que ce système basé sur des valeurs masculines nous fait croire que seules les femmes sont “naturellement inclinées” à prendre soin des autres et de la nature, alors que ces qualités peuvent en réalité être celles de n’importe qui, homme, femme, trans, tout le monde. Tout cela vient du fait que la femme sera objet, qu’on a féminisé la Nature pour elle aussi la rendre objet. Mais si on sort de ce paradigme, on se rend bien compte que l’homme ne peut pas être réduit à son état de virilité, tout comme la femme ne peut pas être réduite à son état de “bienveillance” ou autre.

L’écologie de nos jours est plus que jamais un combat générationnel. Penses-tu que nous pourrions accéder à une parité les prochaines décennies ? Que les hommes seront eux aussi tout autant impliqués que les femmes sur les questions environnementales ?

Je pense que la parité ne peut pas être évitable. C’est une nécessité. Et si les hommes ne s’impliquent pas davantage, ils crèveront avant nous ! (ndlr : à prendre au second degré) Plus sérieusement, je pense que l’on vit une révolution féministe aujourd’hui. Je pense qu’on commence de plus en plus à réaliser qu’on ne peut plus vivre dans un monde mené par une idéologie patriarcale et qu’il faut donc changer de système. Est ce qu’on a envie d’assouvir les hommes ? Non, c’est pas le but et ça serait contre-productif. Mais est ce qu’on a envie d’une société plus féminisée, ou on accepte et prend réellement par toutes et TOUS dans la protection de la Nature ? Oui. 

Léa Marcq est la fondatrice et rédactrice en chef de THE ALLEAH. Sa mission est de démocratiser la mode responsable. La rendre plus ludique et plus accessible aux lecteurs de THE ALLEAH.