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Fashion is not dead

Dans son manifeste Get a life publié en 2016, la créatrice britannique Vivienne Westwood prévenait déjà sur l’injonction pressante d’une mode écoresponsable face au changement climatique : “Il nous reste à peine une génération pour changer les choses avant qu’il ne soit trop tard.” C’était sans compter une pandémie mondiale qui remet en cause le fonctionnement du monde – et de la mode – en quelques semaines. Sans compter l’effondrement des chiffres de vente de mastodontes du luxe et de la fast-fashion, de LVMH à H&M, des petites marques comme des grandes enseignes. Avec Vivienne Westwood, punk is not dead. Aujourd’hui, son credo “buy less, dress up” et son combat en faveur d’une “climate revolution” résonnent plus que jamais avec l’actualité. Il ne tient qu’à nous de nous en emparer. Aujourd’hui, on pense déjà à l’après. Aux jours, aux mois, aux années. À quoi ressemblera la sortie de crise ? À quoi ressemblera la mode ? Certains l’imaginent plus éveillée, plus raisonnée. Plus éclairée ? D’autres la rêvent plus green quand quelques-uns la prédisent plus noire encore. L’imagination a bon train, les prédictions aussi. Comment alors penser la mode, cet oxymore parfait de l’essentiel et du superflu ? Comment concevoir l’accessoire ? Vastes questions auxquelles penseurs, créateurs et activistes tentent déjà de répondre. 

La mode en crise. À chaque crise, des mots pour la dire, des esthétiques pour la montrer. À chaque crise sa sémantique, ses topoï, ses leitmotivs. On entend chaque jour “l’avancée” de la crise, ont lit sa progression. La crise s’incarne quotidiennement dans les petits et grands discours. Ces mots créent ainsi “une représentation collective qui contribue à la façonner”, explique la sociologue Pauline Escande-Gauquié. La crise se vit donc à l’instant présent bien que l’on cherche constamment à prévoir “l’après”, à le prédire ou à l’imaginer. “L’après”… 

Étymologiquement, le sens premier du mot “crise” renvoie à l’idée d’un “examen”, d’un “jugement” d’une maladie et fait donc référence au champ médical. Surtout, il l’inscrit dans une évolution qui laisse prévoir “un changement définitif en bien ou en mal”. La crise implique donc une rupture. Ce fameux “turning point” qu’on prédit et qu’on présage depuis tant d’années. Il y aura donc bien un avant et un après, reste à savoir lequel. Mais si personne ne peut augurer l’avenir, nous pouvons dès à présent y réfléchir pour imaginer la meilleure sortie possible. “Je rêvais d’un autre monde”, criait déjà Téléphone en 1987. D’une autre mode ?

Après la folie publicitaire et consumériste du début du millénaire, après le bling, l’abondance et l’opulence, on imagine une mode plus épurée, plus raisonnée. Un retour au brut, à la matière, à l’essence même de la mode et du vêtement. Un retour à l’essentiel ? Rien n’est pourtant moins sur. Si depuis quelques années, une véritable prise de conscience se cristallise à la fois chez les marques et les consommateurs, la sortie de crise pourrait bel et bien se solder par un retour massif à la consommation. La slow life, dans laquelle nous sommes involontairement plongés, pourrait inciter à la mesure et à la raison ou,  inversement, à un mouvement contraire : l’excès vers la possession. Un risque de démesure qui n’est pas sans inquiéter les défenseurs de l’environnement. 

Ces dernières décennies, on produisait la mode en masse, on la fabriquait et on la vendait worldwide pour mieux la capitaliser. On connaissait son “true cost”, comme le dénonçait déjà le documentariste Andrew Morgan en 2015, mais on préférait détourner le regard pour mieux se parer. En quelques semaines, tout a été stoppé et on a vu s’effondrer un système que l’on croyait invincible. “Si tout est arrêté, tout peut être remis en cause”, écrivait cette semaine le sociologue Bruno Latour dans un article publié sur le média AOC. Si tout peut-être remis en cause, n’est-il pas alors le temps de le prouver ? 

Fashion is not dead. 

Crédit photo : Vivienne Westwood