FASHION

Henriette Décrypte : La fashion week (très éco) de Paris AH20/21

Derrière Henriette se cache Anne-Sophie, fondatrice de la boutique vintage du même nom et dénicheuse de tendances. Modeuse avertie, mais surtout shoppeuse consciente, elle décrypte pour nous les tendances vues sur les podiums du monde entier pour mieux nous guider dans les boutiques de fripes et de seconde main. Cap sur la fashion week de Paris !

Dernière du calendrier officiel des Fashion Weeks, Paris a su clore magnifiquement cette saison automne/hiver 2020 ! Les looks, souvent structurés en haut et flous en bas, se sont succédés au rythme effréné de défilés de plus en plus conscients de leur empreinte écologique. On vous explique tout !

Limiter l’empreinte carbone des défilés

Début 2019, Paris s’était engagée à devenir la capitale de la mode responsable pour l’année 2024. Avec le soutien de la Mairie de Paris, l’association Paris Good Fashion a été fondée dans le but de « créer et d’animer une communauté ouverte qui réunit professionnels du secteur, grandes marques, entrepreneurs, designers, experts, citoyens pour agir concrètement en faveur d’une mode plus responsable ». L’un des axes d’amélioration touchait d’ailleurs la Fashion Week de Paris avec pour but de rendre les défilés plus responsables notamment en utilisant des sources d’énergie verte ou encore la réutilisation des matériaux.

L’agence de production Bureau Betak, experte mondiale dans l’organisation des défilés de mode, a récemment été certifiée ISO 20121, une norme attestant d’un engagement écologique. Ainsi, l’agence a rédigé 10 commandements éco-responsables qui rythmeront désormais l’organisation des défilés, comme garantir la ré-utilisation, l’up-cycling ou le recyclage des décors des défilés, reverser 1% de ses bénéfices à l’association 1% For The Planet ou encore cesser la distribution de plastique à usage unique.

Les défilés imaginés par l’agence de production sont désormais organisés dans une démarche toujours plus responsable. Sur leur compte Instagram, l’agence explique par exemple que le décor de Kenzo sera réutilisé lors de prochains événements comme des pop-up store. Idem pour le défilé Isabel Marant, ayant lieu au coeur d’une bulle réutilisable. Ce qu’on en pense ? C’est positif qu’une entité si influente que Bureau Betak se penche sur la question éco-responsable. Néanmoins, proposer de réutiliser du plastique c’est bien, ne pas en utiliser ça serait tout de même mieux…

D’autres Maisons ont misé sur une scénographie impactante visant à rappeler que la situation climatique est une urgence planétaire. Ainsi, le défilé de Balenciaga a fait beaucoup parler de lui en présentant un décor apocalyptique, les premiers rangs étant immergés sous plusieurs centimètres d’eau, métaphore de la montée des eaux. Belle idée, mais sans pour autant remettre en question le processus de conception de la collection. Dommage.

Lorsque l’éco-responsabilité est intégrée au coeur du développement des collections !

Si limiter l’empreinte carbone provoquée par les défilés est nécessaire, cela n’est, à nos yeux, pas suffisant. Il est aujourd’hui indispensable de remettre en question l’intégralité du processus de développement, création et conception des collections : utiliser de la matière déjà existante, créer des tissus innovants plus respectueux de l’environnement, mettre en avant l’artisanat local, voilà de très belles initiatives prises par plusieurs Maisons à Paris cette saison.

Des matières innovantes plus responsables

Commençons par la grande prêtresse du luxe responsable, Stella McCartney. Son défilé printemps-été 2020 était déjà conçu à 75 % de tissu à zéro impact et présentait une nouvelle matière responsable : la fausse fourrure Koba. Conçue à partir de polyester recyclé et de fibres végétales – dérivé de maïs – cette “fourrure” est 100% recyclable. Pour cette saison Automne Hiver 2020, des personnes déguisées en animaux distribuaient des boutures d’arbres. « Nous absorbons le CO2 émis par le défilé afin que son empreinte carbone soit totalement neutre. Planter cet arbre fait partie de la solution. » disait l’étiquette. Sur le catwalk, le cachemire était régénéré, la laine traçable, les sacs en plastique, recyclé. La créatrice, en perpétuelle recherche de nouveaux procédés éco-responsables, travaille d’ailleurs sur de nouvelles alternatives au cuir, entièrement végétales. Elle déclare, avec raison: “ Tous nos matériaux innovants sont semblables à ceux utilisés traditionnellement par les autres marques, mais en mieux ! “  On adore.

Stella McCartney

Créer à partir de matière existante

Les Maisons adeptes de l’upcycling sont de plus en plus nombreuses. Petit tour d’horizon (non exhaustif) des défilés cools et upcyclés ! Pionnier de l’upcycling, Martin Margiela avait été le premier dans les années 90 à proposer des looks conçus à partir de chutes de tissus et vêtements vintage retravaillés. Cette année, John Galliano innove en créant la ligne Recicla, une sélection de pièces vintage repensées et reconstruites dont l’étiquette indique l’époque et l’origine. 

Maison Martin Margiela

Chez Alexander McQueen, Sarah Burton a rendu hommage au fondateur de la Maison – cette année, cela fait 10 ans que le designer est décédé – en utilisant des pièces de laine, chutes de tissus qu’il avait imaginé lors de ses anciennes collections.

Alexander McQueen

Marine Serre propose, comme à son habitude, des looks éco-responsables, au design innovant et à l’esthétique résolument moderne. Le défilé est conçu à 50% de pièces upcyclées et le reste est en tissus recyclés et/ou responsables.

Marine Serre

Le créateur suisse Kevin Germanier développe ses collections à partir de tissus upcyclés, mais propose également l’utilisation de matières promises au rebut, jugées non conformes. Le designer les récupère et en fait des merveilles ! « Les contraintes me rendent créatif » confie Kevin Germanier. C’est l’esprit qu’on aime !

Kevin Germanier

Miser sur l’artisanat et les savoir-faire

Cette saison, le créateur Kenneth Ize, finaliste du prix LVMH 2019, nous propose une collection colorée, audacieuse, élégante et moderne. Résidant à Lagos, le designer travaille avec des tisserands et artisans locaux. Il utilise notamment une étoffe traditionnelle nigérienne tissée à la main, le aso-oke. Il a aussi intégré à ses looks de la dentelle autrichienne faite à la main dans des ateliers locaux à Vienne. 

Kenneth Ize

Thebe Magugu, lauréat du prix LVMH 2019 et premier styliste africain distingué par le prix LVMH, insiste lui aussi sur l’importance de produire localement, puisque toutes ses pièces sont conçues à Johannesburg. On applaudit ces initiatives qui permettent de mixer création innovante et savoir-faire ancestraux.

Thebe Magugu

Également nouvelle sur la scène de l’éco-responsabilité durant cette fashion week : la maison Diane Paris. Son crédo ? Se fournir en matière durables et éco-responsables pour ensuite proposer des pièce en pré-commande, permettant ainsi de limiter au maximum la gâche et de produire uniquement ce qu’il se vend.

Diane Paris

De plus en plus de jeunes marques adoptent une logique éco-responsable totale mêlant production locale, recyclage/upcycling, matière vegan… C’est le cas par exemple de la marque berlinoise Ottolinger. “ Tout notre denim est fait à partir de coton recyclé. Nous utilisons des teintures naturelles sur le jersey et toutes les vestes en Shearling sont vegan. Toutes nos pièces sont produites en Europe pour éviter trop de transport et être le plus respectueux possible de l’environnement ! ” déclare Christa Bösch co-fondatrice de la marque berlinoise.

Ottolinger

Si la Fashion Week de Paris est toujours la promesse de voir les plus belles maisons de la planète défiler (ICI C’EST PARIIIS !), nous avons été ravies.is d’y voir cette saison de véritables initiatives responsables et innovantes. Les marques parisiennes semblent prendre conscience de la nécessité écologique (et business) d’intégrer l’écologie et l’éthique à leur ADN. Il reste encore du chemin mais on est en bonne voie !