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La mode éthique est-elle un privilège ?

The Alleah

Lorsque nous nous sommes lancées en 2016, notre motivation était de rendre la mode meilleure. Avec ma collaboratrice, nous avions comme idée de créer une plateforme permettant au plus grand nombre et en particulier aux plus jeunes (architectes du monde de demain) d’avoir accès à la slow fashion, peu importe leur milieu social. À cette époque, nous étions pleines d’espoirs et très utopistes. Nous avions axé nos recherches sur les marques responsables qui existaient alors à l’époque. Armed Angel lançait ses premières collections et Veja commençait tout juste à conquérir l’Europe. Trois ans plus tard, les créateurs n’ont jamais été aussi nombreux à se lancer dans la mode responsable et les bloggeuses de mode éthique envahissent les réseaux sociaux. Tout cela grâce au mouvement de la fashion revolution qui a réussi à convaincre 75% de la population qu’il était urgent de changer notre mode de consommation. Une victoire énorme sur le papier. Pourtant, la slow fashion est encore destinée à une population privilégiée et à un marché de niche.

Si nous ne réussissons pas à rendre la mode responsable accessible à tous, le mouvement sera un échec.

Soyons réalistes, lorsque l’on parle de mode durable, il est impossible d’ignorer les prix. Une mode engagée, c’est une mode qui reconnait que chaque maillon de la chaîne de fabrication est indispensable et qu’il doit donc être rémunéré en conséquence. Plus les maillons sont nombreux, plus la note est salée. Le premier frein à l’achat est donc le prix. Alors, bien sûr, l’idée même de The Alleah est de vous accompagner vers un nouveau mode de consommation, car la slow fashion ne s’appuie pas uniquement sur les fringues que nous achetons, mais aussi sur notre façon de percevoir l’achat. En cela, le simple fait de pouvoir choisir est un privilège.

Anna Lappé a dit un jour «Chaque fois que vous dépensez de l’argent, vous dessinez le monde». Cette citation, aussi vraie soit-elle, est d’une incroyable injustice pour ceux qui ne peuvent s’offrir le luxe de choisir. À l’heure de la mondialisation, les inégalités sociales n’ont jamais été aussi fortes et complexes. Les plus riches sont les architectes de notre système socio-économique que les plus pauvres s’essoufflent à suivre, autant à l’échelle locale que mondiale. La mère célibataire vivant du salaire minimum désire bien évidemment le meilleur pour ses enfants, mais son budget l’a rend moins écologique par défaut, puisque la seule mode lui étant accessible est la fast fashion (certain parleront de seconde main, mais soyons honnêtes, les choix sont limités et rarement utilitaires). Pourtant, si nous ne réussissons pas à rendre la mode responsable accessible à tous, le mouvement sera un échec.

Quelles mesures doivent être prises ?

Sans initiatives gouvernementales, nous ne pourrons rééquilibrer les choses seuls. Les compagnies sociales et environnementales doivent bénéficier de réduction des taxes pour leur implication dans le combat climatique. Qu’elle soit installée ou en pleine création, rendre sa boîte plus eco-friendly coûte cher et freine la démarche positive. Aucune société ne veut voir partir ses clients pour la concurrence car le coût de ses produits est trop élevé. Ensuite, les gouvernements doivent se mettre d’accord sur une charte éthique internationale permettant de contrôler et régulariser les salaires dans les pays peu développés ou en en voie de développement. Ceci afin d’empêcher une concurrence déloyale et mettre tout le monde à la même échelle, car si demain une manufacture au Bangladesh décide de payer ses employés de manière juste, cela aura pour conséquence de faire grimper les prix de production. Résultats : les clients délocaliseront la main-d’oeuvre, là où les prix seront moins élevés. Ajoutées l’une à l’autre, ces deux mesures peuvent permettre de réduire les écarts de prix entre la fast fashion et la slow fashion ainsi que de réduire le volume de production de vêtements de manière générale.

Et nous dans tout ça ?

Si nous n’avons pas les moyens d’acheter de la mode éthique, cela ne signifie pas que nous ne pouvons agir, cela contribue même indirectement à servir la cause. En cela, la mode éthique devient accessible à tous. Mais concrètement, que pouvons-nous faire ? Premièrement, donnons, upcyclons et recyclons nos vêtements. Portons-les jusqu’à la fin de leur vie ! Deuxièmement, lorsque nous achetons un vêtement, soyons sûres que nous serons prêtes à l’aimer et à le chérir jusqu’à ce que mort nous sépare, car finalement, c’est ça être une slow fashionista : s’engager dans cette cause aussi sérieusement que nous nous engageons dans la vie.

Léa Marcq est la fondatrice et rédactrice en chef de THE ALLEAH. Sa mission est de démocratiser la mode responsable. La rendre plus ludique et plus accessible aux lecteurs de THE ALLEAH.