FASHION

Le lin, la fibre du futur

Du champ au vêtement, le lin reste la matière écologique par excellence. Si ce textile était déjà apprécié par la Reine Elisabeth II, il séduit aujourd’hui marques, designers et consommateurs à l’instar de Fendi, Miu-Miu, Hermès ou du créateur Simon Porte Jacquemus dont les tenues monochromes en lin paradent sur Instagram. Petit état des lieux d’une fibre naturelle plus que jamais dans le vent. 

Noble, léger, naturel, souple, résistant, solide. Non, vous n’êtes pas sur Tinder. Ces qualités sont celles du lin, une matière souvent utilisée mais dont on connaît trop peu les bienfaits pour soi mais aussi pour l’environnement. La culture du lin ne date pourtant pas d’hier, elle serait même apparue il y a 38 000 ans.  Le lin serait ainsi le premier textile travaillé par l’homme. Dans l’Egypte Antique, la toile de lin est un symbole de pureté : un symbole sacré. On la surnomme la “lumière de lune tissée”, elle est convoitée par les prêtres et sert également à entourer les momies. Au fil des millénaires, le lin devient une ressource unique pour fabriquer des vêtements. Mais à partir des années 50, les fibres synthétiques se substituent peu à peu aux matières naturelles et au lin notamment. L’avènement de la fast-fashion marque le règne du polyester, de l’acrylique ou de la polyamide.

Aujourd’hui pourtant, en pleine vague green, marques et consommateurs se raisonnent pour trouver des alternatives durables et responsables, notamment dans la mode. Un changement de mentalité qui remet au goût du jour la culture du lin et son utilisation dans l’industrie. Mode et design, grands et petits créateurs se tournent de nouveau vers cette matière vertueuse et eco-friendly. Et pour cause. Le lin ne nécessite ni OGM, ni irrigation, seule l’eau de pluie suffit à sa culture. Par esprit de comparaison, il demande environ cinq fois moins d’engrais que la culture du coton. Recyclable, biodégradable et zéro déchet, chaque élément de la plante est utilisé : des graines à la fibre. What else ? C’est un véritable puits de carbone et un allié contre le réchauffement climatique qui permet de retenir des centaines de milliers de tonnes de CO2 chaque année. Plus encore, le processus de transformation du lin est aussi écologique, seules l’étape de la teinture peut s’avérer délicate. 

Naturelle, durable et locale. Majoritairement cultivée en Europe de l’Ouest, 85% de la production mondiale de lin est réalisée entre la ville de Caen, en Normandie, et Amsterdam, aux Pays-Bas. Depuis 1951, la Confédération Européenne du Lin et du Chanvre fédère tous les stades de production et de transformation, soit près de 10.000 entreprises dans 14 pays de l’Union Européenne. Sa mission garantit ainsi les qualités innovantes et environnementales des fibres de lin à travers des impératifs de traçabilité et de qualité premium (EUROPEAN FLAX) ainsi que d’une production 100% Made In Europe (MASTERS OF LINEN). En 2011, le réalisateur Benoît Millot est parti à la rencontres des artisans du lin qu’il a pu filmer pendant plusieurs mois, depuis les champs de culture jusqu’aux ateliers de fabrication. En posant un regard neuf sur cette fibre ancestrale, le film “Be Linen” lève le voile sur cette source d’inspiration et de création inépuisable qui s’invite désormais dans les plus grands ateliers de mode et de design et même au musée. L’exposition LUXES qui aura bientôt lieu au Musée des Arts Décoratifs de Paris met ainsi en avant une scénographie réalisée en lin, en partenariat avec la Confédération Européenne du Lin et du Chanvre, également mécène d’expositions. 

Moderne, le lin est de nouveau à la mode. Il suffit de voir les podiums des dernières Fashion Week pour le remarquer. Selon le média Tagwalk, 30 designers ont ainsi utilisé du lin dans leurs collections Printemps Été 2020 à l’instar de Miu-Miu ou Prada. Pour sa collection Printemps Été 2021, la créatrice Silvia Venturini Fendi met elle aussi à l’honneur le lin dans ses tenues romantiques et brodées aux teintes pastels. Une matière dont elle loue la simplicité et la durabilité. C’est aussi l’un des tissus de prédilection de Simon Porte Jacquemus qui se souvient d’ailleurs avoir créé sa première jupe dans un rideau en lin lorsqu’il était encore enfant. Ses teintes naturelles et écru sont devenues caractéristiques de la maison aux couleurs du Sud. Mais s’il est de plus en plus convoité, le lin est un produit rare, un produit d’exception de plus en plus prisé par le luxe, comme la maison Hermès. S’il ne représente aujourd’hui que 0,4 % de la production de fibres mondiales, ses qualités écologiques et esthétiques en font certainement l’une des matières les plus désirables aujourd’hui. Sur son compte Instagram @wearelinen, la CELC met ainsi en avant différentes personnalités de la mode et du design qui nous partagent leur image de ce tissu aux multiples talents. “Pour moi le lin, c’est l’été, c’est la liberté !”, confie ainsi la journaliste franco-britannique Camille Charrière. Le lin, une fibre dans le vent, une matière dans l’air du temps.