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Le temps d’une révolution

Cette semaine clôture une Fashion Week pour la moins particulière : la Fashion Week Revolution. Depuis sept ans, elle a lieu chaque année à une date tristement célèbre de l’histoire de la mode : l’effondrement du Rana Plaza au Bangladesh qui avait provoqué la mort de 1134 ouvriers du textile en 2013. Pour cette nouvelle édition “connectée”, des milliers de personnes se sont réunies virtuellement, ces derniers jours, pour penser la mode et son avenir dans un contexte plus que jamais éloquent. En pleine crise du Covid 19, le mouvement contestataire international “Fashion Revolution” a su faire entendre sa voix, notamment celle de sa leader britannique, Carry Somer, à la tête du mouvement UK, en proposant différentes actions collectives à travers l’écran. Petit état des lieux d’une “fashion revolution” qui semble désormais s’étendre hors frontière, hors mouvement et hors cadre. 

Depuis plusieurs années, le mouvement Fashion Revolution, venu d’Outre Manche, a su rassembler une parole contestataire globale, relayée dans plus de 130 pays, visant à sensibiliser acteurs et consommateurs à une mode plus juste et plus raisonnée. Fondé à la suite de la catastrophe du Rana Plaza, le mouvement avait vocation à éveiller les consciences tout en rendant audible une réalité encore opaque à l’époque : celle d’une industrie à bout de souffle, sous le joug d’un fast-system mondialisé, et dont les dérives sociales, éthiques et écologiques pouvaient se révéler dramatiques. En sept ans, force est de constater que Fashion Revolution a su faire entendre sa voix face à un public de plus en plus conscient et éduqué, et parfois, de plus en plus engagé. La “fashion revolution”, autrefois en marge, a su s’élever peu à peu sur la scène publique, rassemblant de nouveaux acteurs à ses côtés : activistes, créateurs, médias et bien sûr consommateurs… Face à la rumeur contestataire, le mouvement a progressé, dépassant les frontières et les codes d’une industrie opaque et hiérarchisée où la beauté du chiffre prime parfois sur la réalité. 

En quelques années, la mode engagée, autrefois “has-been”, est devenue une tendance presque “mainstream”. “Depuis le début de Fashion Revolution, des gens du monde entier ont utilisé leur voix et leur pouvoir pour exiger des changements de l’industrie de la mode. Et ça marche. L’industrie commence à écouter”, déclare l’organisation sur son site. En 2020, l’éco-responsabilité est un luxe que chacun tente de s’approprier. L’éthique et l’engagement sont devenus les nouveaux credos de la mode qui s’en empare notamment à grand renfort de greenwashing. Le durable est donc devenu désirable et on assiste à une nouvelle vague de créateurs et de consommateurs désireux de fabriquer et de consommer plus en adéquation avec le monde : avec le temps. Si le défi de l’éco-responsabilité est loin d’être gagné, il progresse et séduit donc de nouveaux adeptes, comme en témoigne la croissance exponentielle du marché de la seconde main ou encore les success story de DNVB engagés (Digitally Native Vertical Brands, ou start-up “direct to consumer”). “Les créateurs prennent désormais en compte les personnes et la planète lorsqu’ils créent de nouveaux vêtements. Les citoyens réfléchissent avant d’acheter. Mais l’histoire est loin d’être terminée. Nous ne faisons que commencer”, met en garde Fashion Revolution. L’éco-responsabilité ne doit pas seulement être une posture “fashion”, elle doit s’appliquer dans la réalité.

À l’instar d’autres mouvements comme celui de Li Edelkoort, papesse Anti Fashion, en quelques années, Fashion Revolution a su mettre en lumière les dérives d’un système désormais pointé du doigt et jugé presque obsolète. Il a levé le voile sur l’industrie de la mode et fait de la transparence, son cheval de bataille. En proposant des solutions globales pour garantir une meilleure fabrication, production et consommation de la mode, le mouvement reste l’un des étendards de la mode engagée et continue de stimuler certaines actions collectives, notamment virtuelles, comme en témoigne cette Fashion Revolution Week qui est sur le point de se terminer. Il a donc ouvert la voie à de nouvelles organisations et de nouveaux modèles d’engagement. 

Si le militantisme est toujours en vogue, la contestation, comme la mode, semble en effet changer de ton. Elle semble prendre des allures plus créatives, plus personnelles, plus “slow” également. Plus qu’un besoin de faire front et de s’unir dans un mouvement, le défi de la mode éthique réside peut-être aussi dans son individualité et dans sa capacité à durer afin de véritablement changer les mentalités et les comportements de tout un chacun. Pour changer ensuite la société. La durabilité reste le nerf de la guerre. Pour éviter que la mode éthique ne soit qu’une tendance ou une guerre d’égo et de chiffres, elle doit être pérennisée à travers une pensée et une action globale, mais également individuelle, à l’échelle d’un groupe, d’une marque et finalement du consommateur. Une révolution se questionne dans le temps, elle se vérifie dans la durée. La durabilité donc, encore et toujours.