Marseille : le nid des créateurs éco-responsables
2020-09-22

Marseille : le nid des créateurs éco-responsables

Dans un précédent article, la rédac vous a déjà présenté la ville de Marseille en tant que nouveau centre dynamique de création culturelle, et notamment en ce qui nous concerne de création de mode. Le projet Anti_Fashion – une plateforme d’expression et d’échange autour de la mode responsable et circulaire – y est très actif. Qu’en est-il des autres initiatives éthiques ? Voici quelques marques, créateurs, concepts et ateliers qui gagnent à se faire remarquer, pour des raisons bien propres à chacun.e.

Marseille, citée phocéenne bâtie par les Grecs, possède un atout qui au-delà de nourrir la création est tout à fait fonctionnel : la mer. La mer est une mine d’or non seulement pour les esprits, mais également de manière tout à fait pragmatique pour les nouvelles matières premières, y compris dans la filière textile-habillement. En effet, grâce aux nouvelles technologies de recyclage, il est possible de transformer des déchets marins (alias bouteilles en plastique et filets de pêche) en matière recyclée. À Marseille, une petite marque de sneakers a fait sa réputation dans ce domaine : il s’agit de Corail, qui commercialise des baskets vegan faite à partir de la transformation de bouteilles en plastique récupérées par les pêcheurs. Dans une chaussure Corail, on trouve l’équivalent de 8 bouteilles en plastique. En bonus, le fashion design des modèles est de la partie. 

Dans la même conception des matières recyclées se trouve également à Marseille la marque Awahi, qui via une campagne Ulule fructueuse en juin 2019 a lancé une production de leggings et brassières de sport faits à partir de plastique recyclé, cette-fois ci issus du tri sélectif. Il n’en reste pas moins que la marque participe à la réinsertion professionnelle au niveau local puisque toutes les pièces sont confectionnées dans un chantier d’insertion par la couture.

Le Stockholm Syndrome

Marseille, ville pleine de lumière et de tons chauds du sud, est aussi le lieu de naissance en 2014 d’une marque à la croisée des mondes : Le Stockholmsyndrome, créé par deux stylistes suédoises décidées à vivre et à s’inspirer du sud de la France. Autant vous dire que le résultat esthétique de cette rencontre culturelle entre la Scandinavie et la Côte d’Azur est extrêmement satisfaisant. Produits en petite quantité, les pièces de Stockholmsyndrome en tissu plissé sont prototypés et produits à Marseille. Pour les imprimés et certains maillots de bain, la production est faite au Portugal, mais toujours en limitant au maximum le trajet des pièces.

Pour tout.e.s ceux et celles sensibles à la communication poétique de Jacquemus, on retrouve certains de ses verbatims chez Laetita Guérini, créatrice de Leï 1984. Sur son compte Instagram, ses sources d’inspiration sont annoncées : “LA PROVENCE, LE LINGE D’ANTAN, LES BRODERIES, LE VICHY, LE PLUMETIS, LES RAYURES, LA PEINTURE”, et le résultat visuel tient ses promesses. Sur son site Internet, nous trouvons un manifeste :  “Nous prendrons bien soin de ne pas détruire la beauté de ce que nous possédons. Nous nous blottirons encore et encore dans du linge ancien et des cotons légers. Nous choisirons des vêtements qui protégeront le présent ; nous ferons l’éloge des imprimés qui nous rappelleront l’époque d’un bonheur permanent.” La marque de Laetitia est sans conteste lyrique et invite le public à chérir ses vêtements et les considérer comme des objets précieux et intemporels. Voici une autre façon, poétique, de participer à la mode éthique.

Opération "Nique pas ta mer" de Corail

Dans les autres concepts liés à la mode éthique, nous avons déniché un lieu qui s’est installé en 2020 dans le 2ème arrondissement de Marseille : l’Atelier Bartavelle. En plus d’être une marque de vêtements qui privilégie les ressources locales, l’Atelier Bartavelle se définit comme un studio créatif qui a également pour but de sensibiliser le public à travers notamment des collaborations avec des artistes, et des workshops et formations autour de la teinture naturelle végétale ou de la création upcycling. 

Un autre atelier est présent dans la cité : il s’agit de l’atelier de production des jeans 1083 (si vous ne le saviez pas, le chiffre 1083 vient de la distance kilométrique qui sépare les deux fournisseurs les plus éloignés de la marque), Création Anaïs. Ce lieu n’interagit pas directement avec les consommateurs mais il est très intéressant de savoir que cet atelier participe à la préservation de savoir-faire locaux : Marseille a été autrefois une place centrale en France dans la confection de jeans (notamment avec la marque Rica Lewis, créée en 1928). Pourquoi 1083 a choisi Marseille comme lieu de confection ? Car encore une fois, les jeans produits chez Création Anaïs sont fait à partir de plastique marin transformé en polyester recyclé.

Les trois marques Le Stockholmsyndrome, Atelier Bartavelle et Leï 1984 ont été lauréats de la Maison Mode Méditerranée, l’institution de la mode à Marseille (cf l’article Marseille, capitale Méditerranéenne de la mode ?), qui permet de donner de la visibilité aux créateurs et soutient l’évolution du secteur au niveau local. La présidente actuelle de la MMMM, Lina Juciani, a également sa propre marque de lingerie, loungewear et yogawear, qui propose des créations en coton biologique certifié GOTS, fabriqué en circuit-court : Occidente, créée en 2008.
Enfin, parmi ce grand panel de marques et créateurs, qui couvre toute notre garde robe (vêtements, baskets, sport, lingerie, maillots de bain et loungewear), voici une cerise sur le gâteau pour les amateurs dupcycling : la créatrice de Supermarché, longtemps basée à Paris chez Les Grands Voisins (qui ferment malheureusement leurs portes en cette fin du mois de septembre), emménage à Marseille ! Vous trouverez votre bonheur en termes de trenchs, bleus de travail, chemises et blouses, et même des bananes en cuir recyclé.

Voici donc un premier aperçu des initiatives marseillaises inscrites dans la slow fashion, qui ne sont malheureusement pas toujours faciles à trouver en raison d’une visibilité encore timide des acteurs. Pour y pallier, n’hésitez pas à visiter le site de la MMMM, ou encore à utiliser vos propres filtres et hashtags sur les grandes plateformes de communication (Instagram) afin de dénicher et soutenir les acteurs prometteurs de la mode de demain. 

Atelier Bartavelle

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