Miu Miu : ou quand le luxe se met à l’upcycling
2020-11-10

Miu Miu : ou quand le luxe se met à l’upcycling

La griffe de Miuccia Prada a annoncé avoir upcyclé environ 80 robes datant des années 1930s aux années 1970s, qui ont cependant bien été trouvées dans des friperies et des boutiques vintage avant d’être ramené au studio milanais. Évidemment, car si Miu Miu voulait travailler sur des pièces vintage anciennes, il était compliqué de regarder dans ses propres archives (Miuccia l’ayant créé en 1993), ou de celles de Prada, qui a diversifié ses activités à partir des années 80s dans le prêt-à-porter, étant historiquement une marque de maroquinerie. Miu Miu a donc fait le choix de dénicher des pièces historiques, parfois sans marque.

Au niveau du résultat visuel, on retrouve sur ces robes upcyclées plusieurs des éléments de l’esthétique de Miu Miu et un certain imaginaire. On retrouve l’utilisation de couleurs vives, joyeuses et sensuelles, notamment ici le rouge, qui revient dans plusieurs collections. C’est plutôt un rouge vif chez Miu Miu, tandis qu’on le trouve un peu plus nuancé ici (entre corail prononcé pour l’une des robes et presque framboise pour l’autre). On observe des broderies, des perles et des éléments scintillants (détails SS18 et jupe FW18 ci-dessous). On retrouve surtout sur ces deux robes upcyclées l’importance du col et du boutonnage utilisé comme élément récurrent chez Miu Miu (silhouettes SS14, FW20 et SS19). 

Le fait que Miu Miu propose des robes upcyclées n’est pas si étonnant. Miuccia Prada, fondatrice de Miu Miu, a en effet toujours accordé une importance au développement durable dans son métier, que ce soit pour Miu Miu ou pour Prada. Le nylon, matière récurrente chez Prada depuis l’arrivée de Miuccia, fait l’objet d’une collection de prêt-à-porter en 2019 avec un détail non négligeable : il s’agit de nylon recyclé Econyl. La collection est baptisée Prada Re-Nylon (ce nom faisant même l’objet d’un nouveau logo). La même année, un autre engagement de nature différente a été pris par Prada en matière de développement durable : Prada SpA a contracté un prêt financier adossé à des objectifs de développement durable (Sustainability Term Loan). Les intérêts de ce prêt varient selon la réalisation d’objectifs durables, par exemple les formations accordées aux employés ou l’utilisation de matière recyclée. Miu Miu et Prada sont donc des marques de luxe déjà engagées à plusieurs niveaux dans un mode de fonctionnement plus durable.

Il est important de noter que l’initiative de Miu Miu n’est pas la première en matière d’upcycling dans le luxe. Des créateurs de renom ont basé leur travail sur l’upcycling, notamment le belge Martin Margiela qui présente sa première collection en 1988. L’upcycling, la déconstruction/reconstruction ou transformation du vêtement ne date donc pas d’hier dans le secteur de la mode. En 2010, Hermès a également lancé la ligne Petit H, partant du constat du gâchis des matières premières utilisées au sein de la maison : les cuirs, les textiles, la soie des fameux foulards carrés sont transformés en des accessoires ou des petits objets que la maison ne proposait pas jusque là. Il a fallu questionner la conception de cette ligne Petit H, et notamment former les équipes de designers à travailler autrement, en travaillant autour de la transformation/conversion de chutes textiles.

La seconde main est un enjeu de plus en plus prégnant pour les marques et les maisons de luxe, le marché d’occasion étant dynamique et dénotant une croissance à deux chiffres, contrairement au marché de luxe neuf. Selon le rapport du Boston Consulting Group True Luxury Consumer (2019), le marché de biens de luxe de seconde main connaît une croissance de 12% en 2019, particulièrement en Europe. À l’inverse, le marché des biens de luxe neufs connaît cette même année une croissance de 4%. La consommation de la seconde main est évidemment beaucoup portée par les générations des millenials (25-35 ans) et des gen Z (moins de 25 ans), dont le pouvoir d’achat va augmenter ces prochaines années. Il est donc intéressant pour les maisons de luxe de se pencher sur la seconde main. Certaines maisons de couture françaises et italiennes ont un avantage que n’avait pas Miu Miu pour concevoir des pièces upcyclées, il s’agit de la possession d’archives qui remontent au début du XXème siècle, voire parfois à la fin du XIX. Ces archives peuvent permettre une réactualisation de certaines pièces, upcyclées au goût du jour, portant la pâte du DA actuel. 

L’initiative de Miu Miu s’inscrit finalement dans le regard que porte Miuccia Prada sur la mode. On espère que cette prise de position inspirera d’autres maisons, il serait en effet très marquant de voir des grands noms de la mode proposer des capsules de pièces upcyclées (d’archives ou non). En plus d’être éco-responsable, cela serait un beau voyage dans le temps, plus que bienvenu en cette période que nous traversons. 

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