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NO GENDER : La mode unisexe est-elle l’avenir de la mode ?

The Alleah

La dernière Fashion Week d’Helsinki a montré à quel point la Finlande était progressive. Non seulement cette semaine de la mode est la seule à s’axer sur l’éco-responsabilité, mais elle est également un exemple en terme d’égalité des sexes. À y regarder de plus près, cela n’a rien d’étonnant puisque la Finlande est l’un des pays européens les plus avancés sur la question et compte le moins de disparités comparé à ses voisins de l’UE (écart des salaires, nombre de femmes au parlement…). Ainsi, à travers les défilés de cette semaine très spéciale, l’accent a été mis sur une mode non binaire, ou le genre ne fait pas la différence. Un changement de cap que nous avons doucement vu venir depuis l’apparition du pouvoir d’achat chez les millenials. En 2015, le groupe de recherches NPD a même déclaré que l’une des plus grandes tendances à venir était la mode du “no gender” , évoquant le désir collectif des jeunes acheteurs de contourner les normes de la société.

Jusqu’à présent celle-ci nous a fait croire qu’un homme portant une jupe devait être gay et qu’une femme portant des vêtements amples était certainement lesbienne. Ces règles dictées imposent une façon de penser cyclique diminuant la valeur et l’authenticité d’une personne. Un vêtement ne devrait pas définir une orientation sexuelle ou un statut économique. La mode est une forme d’expression personnelle aussi muable que la personnalité. C’est d’ailleurs Nicolas Ghesquière (Directeur Artistique chez Louis Vuitton) qui explique le mieux cette ambivalence « L’identité des genres est très ambiguë. Certains pensent parfois que si une femme s’habille comme un homme, cela lui donnera du pouvoir, mais quelle que soit votre identité sexuelle, vous pouvez vous sentir vulnérable en portant un costume ».

Bien sûr, le look unisexe n’est pas une nouveauté dans le monde de la mode, et les femmes peuvent depuis longtemps vagabonder dans le rayon des hommes (rappelez-vous le boyfriend jean qui s’est imposé à la fin des années 2000), mais jusqu’à présent, les propositions de styles mixtes se sont concentrées sur le streetwear et ne sont allées que dans un sens. Ainsi le t-shirt basique et le pull molletonné sont devenus les nouveaux emblèmes de la mode mixte. Il ne serait pourtant pas délirant de soutenir que les hommes en jupes sont moins représentés que les femmes en tailleurs et que l’exploration et la popularité du style « genderless » (sans genre) dans le prêt-à-porter n’est que récente.

Un combat féministe ?

Si les mentalités changent et qu’il est aujourd’hui accepté de voir une femme porter des vêtements masculins, lorsque la dynamique s’inverse et que l’homme arbore une allure plus « féminine », il est souvent stigmatisé. Pourquoi ? Car les vêtements de femmes n’ont pas la même signification sociale que ceux des hommes. Dans l’esprit populaire, la robe est synonyme de délicatesse et de fragilité et le costume synonyme de réussite et de virilité. Cela démontre à quel point notre allure peut modifier notre comportement et biaiser nos pensées. Sur ce terrain donc, le combat pour l’égalité des sexes est encore loin d’être gagné.

Une création complexe

Créer une mode luttant contre les codes que nous a dicté la société n’est donc pas une chose facile. Alors, réussir de surcroît à mettre au point une collection qui puisse convenir à une silhouette féminine aussi bien qu’à une silhouette masculine relève du génie. C’est une véritable organisation technique et créative. Lorsqu’un designer développe une ligne de vêtement pour hommes ou bien pour femmes, il doit prendre en compte la moyenne des tailles existantes avant de la modéliser sur un mannequin type correspondant à ces mesures. Puisqu’il n’est pas possible de faire de distinction entre les sexes pour un designer « gender neutral », celui-ci compare et contraste ces moyennes. Un processus complexe pour une proposition de tailles plus flexibles. Une réflexion particulière que l’on retrouve dans la coupe, les matières et les motifs des vêtements qui ne doivent pas mettre en avant les particularités anatomiques de chaque sexe (poitrine, taille, hanches…), pour permettre à chacun de s’approprier le vêtement.

Un modèle écologique

En 2018, la fashion week de New York à ouvert son agenda à une semaine de la mode consacrée au « no gender ». D’un point de vue de la production et du marketing il est évident que de réunir deux collections (collection femmes et collection hommes) ne peut être que bénéfique pour la planète et permettrait de réduire de moitié l’empreinte carbone de chacune. Normalisé, le genre neutre favoriserait également l’économie circulaire et permettrait à chacun de trouver plus de choix parmi les vêtements de seconde-main qui pourraient être re-visités au-delà de leur genre. Pour autant il existe encore un fossé psychologique pour une majorité de personnes qui malheureusement freine l’achat et donc le développement de ce modèle qui pourrait bien devenir l’avenir d’une mode plus responsable.

Credit photos : Katie Goodwin pour A.BCH
Léa Marcq est la fondatrice et rédactrice en chef de THE ALLEAH. Sa mission est de démocratiser la mode responsable. La rendre plus ludique et plus accessible aux lecteurs de THE ALLEAH.