LIFESTYLENEWS

Reformation accusée de racisme : une leçon pour les marques responsables

La fondatrice de la marque responsable américaine Reformation, Yael Aflalo, a publiquement reconnu qu’elle avait “échoué” suite aux accusations de racisme dont elle a été l’objet. La rédaction revient à l’origine des cette information et sur le rôle des marques éthiques dans le mouvement Black Lives Matter.

À la fin du mois de mai, à la suite de la mort de George Floyd, alors que des millions de personnes, dans le monde entier, descendent dans la rue pour scander « Black Lives Matter », Reformation, l’enseigne de mode responsable américaine, a publié une brève déclaration sur son compte Instagram pour soutenir le mouvement : “Si vous voulez aider à lutter pour la justice, voici quelques organisations que nous vous recommandons de soutenir. De notre côté, nous ferons un don aux organisations mentionnées “.

En réponse à cette publication et parmi les commentaires d’autres personnes critiquant l’entreprise, l’ancienne employée Leslieann Elle Santiago a écrit: “Travailler pour Reformation m’a profondément traumatisé. Ce qui a été le plus dur, c’est d’avoir été négligée et sous-estimée en tant que femme de couleur alors que j’ai géré le magasin phare pendant trois ans. J’ai pleuré plusieurs fois en sachant que la couleur de ma peau ne me mènerait nulle part dans cette entreprise. Yael ne m’a jamais regardé. Elle passait devant moi et ne me parlait jamais. J’ai toujours eu peur de raconter cette histoire ». Et suite à cette réponse, Leslieann a reçu une demande du président de Reformation, Hali Borenstein, lui demandant de discuter de son expérience par téléphone, ce qu’elle a refusé, préférant partager publiquement sa réponse et son expérience, par la suite relayée par le compte Diet Prada.

Dans son message, Leslieann a déclaré que Borenstein “embauchait constamment des femmes blanches avec des qualifications moindres ou égales” alors qu’elle travaillait en tant que directrice adjointe, sans manager, depuis plus d’un an. Elle a également déclaré qu’aucune personne travaillant au siège ne lui a jamais parlé, se souciant peu de son évolution ou de toute celle des personnes noires travaillant là-bas. Dans son message, Leslieann a également réitéré ses accusations au sujet d’Aflalo, affirmant que lorsqu’elle s’est présentée, Yael l’a regardé de haut en bas avant de s’éloigner. Elle a également affirmé qu’elle devait passer par une tierce personne pour s’adresser à Aflalo alors que celle-ci se trouvait dans la même pièce. “La mentalité de Yael est la raison pour laquelle les managers de Reformation continuent de traiter de manière humiliante les employés noirs. Il s’agit de racisme systématique ». Santiago a également révélé que les femmes trop rondes ou « pas assez à la mode » étaient traitées avec mépris et qu’après avoir casté une modèle noire potentielle, Aflalo aurait affirmé: “nous ne sommes pas encore prêts pour cela.”

Face à ces révélations, Yael Aflalo a rendu ses excuses publiquement via le compte Instagram de Reformation :

Voir cette publication sur Instagram

I’ve failed.

Une publication partagée par Reformation (@reformation) le

«J’ai échoué» écrit-elle. «Notre mission est de rendre la mode responsable accessible à tout le monde, et une partie de cette mission consiste à traiter tout le monde de manière égale. Je me rends compte que j’ai échoué à bien des égards – en particulier auprès de la communauté noire. Je suis désolée. Malheureusement, nous avons pratiqué la diversité dans le passé à travers un « white gaze » trop proche de l’ignorance. Après avoir demandé et écouté les membres de notre équipe, en particulier ceux qui s’identifient comme BIPOC – je le vois maintenant. Je suis tellement en colère contre moi-même de ne pas l’avoir vu plus tôt. Nous n’avons pas mis à profit notre plateforme, notre voix et notre contenu pour lutter contre le racisme et l’injustice et cela va changer, à partir de maintenant.”

Si le message semble avoir été entendu et pris en compte par la marque Reformation, il n’en reste pas moins que l’industrie de la mode est beaucoup trop à la traîne en terme d’égalité sociale et d’inclusivité : les mannequins noirs sont encore exclus ou leur image est encore utilisé de manière stéréotypée ou à des fins publicitaires pour promouvoir une diversité de façade. Dans un post récent, la journaliste Tansy Hoskin déclarait « Tout comme l’industrie de la mode n’existerait pas sans l’exploitation des femmes ou de la planète, elle n’existerait PAS sans l’exploitation des personnes de couleur – des problèmes inextricablement liés. Sans lutte contre le racisme, nous ne comprendrons jamais comment mettre fin à l’exploitation qui repose sur le renforcement du pouvoir et de l’argent pour ceux qui sont au sommet de la société ».

Ce que nous rappelle les accusations faites à la marque Reformation, c’est que le changement des mentalités ne doit pas seulement se faire au sein des entreprises de fast fashion ou non responsables. La mode éthique, plus que les autres, a la responsabilité de guider l’industrie vers une mode plus juste. C’est à dire défaire tous les codes de l’ancienne mode construits sur un passé raciste, inégalitaire et capitaliste. Il faut remettre l’Humain au cœur du débat et dans le cas de la discrimination raciale, se poser de manière consciente la question suivante : Est-ce que ma compagnie s’engage suffisamment pour la diversité, en interne comme en externe ? Promouvoir une diversité de façade et reverser des dons ne suffit pas. C’est en allant au cœur du problème que nous auront le plus de chances de combattre les inégalités.