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Sew-bot software, l’avenir de l’industrie?

En 2018, l’industrie de la mode verra naître une toute nouvelle innovation. Une innovation ayant pour ambition de remplacer le savoir-faire de l’homme par un robot. Explication :

La technologie dans l’industrie textile a très peu évolué depuis l’apparition de la machine à coudre dans les années 1800. Bien sûr, durant cette dernière décennie, certaines entreprises ont tenté d’automatiser certaines étapes particulières au processus de couture. Seulement aujourd’hui, l’avancée technique est telle qu’elle nous permet de créer un vêtement de manière totalement autonome. «Notre objectif est de proposer un nouvel outil aux manufactures afin de satisfaire leurs clients» déclare Palaniswamy Rajan, PDG de Softwear Automation.

Concept mis en place il y a 10 ans, la compagnie obtient une subvention de la DARPA en 2012 pour développer un tout nouveau projet et commercialiser sa technologie : un robot capable de créer 1,2 million de T-shirts par an. Une robotique qui pourrait définitivement changer l’industrie du vêtement et concurrencer directement les manufactures des pays sous-développés où la main d’œuvre est très faiblement rémunérée.

Softwear Automation se sert d’un logiciel capable d’analyser le tissu, permettant ainsi de procéder aux différentes étapes de fabrication d’un vêtement, et ce, de manière fluide. Selon Rajan, le robot est capable d’identifier le tissu et ses particularités aussi bien qu’une véritable couturière.

Si pour le moment, la compagnie se concentre sur la réalisation de jeans et de t-shirts, Rajan veut étendre une production sur « un marché ou l’automatisation à du sens ». Aussi, le PDG soutient que sa technologie pourrait avoir un impact positif dans les pays où la main d’œuvre est la plus présente, permettant ainsi aux employés de passer à un travail artisanal pour un salaire plus élevé.

Véritable utopie ou simple argument commercial ? Rajan maintient qu’en allégeant le coût de fabrication aux Etats-Unis et en Europe, les pays sous-développés se verront dans l’obligation de s’aligner au code du travail occidental pour répondre à la concurrence.

Seulement, la mise en pratique pourrait ne pas être aussi simple. Premièrement, la technologie Softwear Automation n’est destinée qu’au marché américain. Il permet aux manufactures d’économiser sur l’électricité et d’anticiper le départ de la main d’œuvre américaine qualifiée. D’autre part, le robot tisseur a de fortes chances de menacer les pays en voie de développement comme l’Inde ou la Chine. Dans ces pays maintenir une main d’œuvre locale et bon marché restera toujours plus économique que d’investir dans la robotique.

C’est au Bangladesh, ou la main d’œuvre est la plus présente et la moins bien payée qu’il est plus difficile de prédire l’avenir. Si les grandes compagnies textiles comme H&M ou Zara délocalisent leur production (ce qu’elles ont tout intérêt à faire pour se racheter une image après le drame du Rana Plaza en 2013), cela pourrait provoquer la perte de million d’emplois. Une opportunité de reconversion pour le pays penseront certains ? Rien n’est moins sûr.

C’est sur le point de vue environnemental que Softwear Automation peut faire la différence. Fashion For Good (une initiative visant à améliorer l’impact de l’industrie de la mode sur les hommes et la planète) a calculé que le robot réduirait de 10% les émissions carbone du secteur.

Alors, le robot tisseur, avenir de la mode éthique ou fausse alternative aux problématiques de l’industrie du textile ? The Alchemist attend vos commentaires.

Léa Marcq est la fondatrice et rédactrice en chef de THE ALLEAH. Sa mission est de démocratiser la mode responsable. La rendre plus ludique et plus accessible aux lecteurs de THE ALLEAH.