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Vestiges du passé, vertige du vintage

La mode ces dernières années n’est plus au seulement bling ni au clinquant. L’ère est au daté, au démodé et à la découpe. L’esprit du temps promeut le réusage et la débrouille. Alliant l’esthétique et l’éthique, le classique et l’intemporel, le vintage semble plus que jamais au goût du jour. Petit état des lieux d’un phénomène qui n’est pas prêt de disparaître… 

Des Fashion Weeks jusqu’aux concept-stores les plus convoités de la planète, de Kim Kardashian à Alexa Chung, le vintage s’impose partout et tout le temps. Contrairement au neuf, plus de problème de saisonnalité ou de décalage pour ces pièces qui sont parvenues à traverser le temps. Ce top Yves Saint Laurent, cette petite robe noir Chanel, ce sweat Helmut Lang tout droit sorti des 90s ou cette robe Versace au décolleté plongeant… Aucun doute, le “old school” est tendance. Traversant les époques, les lieux et les styles, il évolue au fil des années, fidèle au renouvellement de la mode et ne cesse de prendre de la valeur grâce à son aura d’antiquité. De Barneys à Kiliwatch, de New York à Paris, le vintage a décidément le vent en poupe. 

Le terme anglophone désigne un “millésime” en oenologie, soit de vieux vins de références ou des alcools spiritueux. Mais depuis les années 80, le mot “vintage” est entré dans le langage courant pour désigner des objets “rétros” : des objets d’époque. La mode à son tour se l’est approprié pour évoquer ces vêtements anciens et souvent rares, voire uniques, de créateurs prestigieux. Puis il s’est généralisé aux “fripes” en tout genre que l’on déniche dans les brocantes, friperies, puces ou salles de vente. Au delà de la reconnaissance d’un créateur ou d’une griffe, c’est l’unicité d’une pièce que l’on recherche dans le vintage mais aussi son savoir-faire et sa qualité. Cette petite touche “classique” que lui confère son ancienneté, parfois même, son intemporalité. Bref, ce petit supplément d’âme que l’on nomme l’expérience. La recherche de l’exception. 

Cultivant l’art de la durabilité et et de la rareté, le vintage est devenu un luxe dont aucun aficionados de mode ne saurait aujourd’hui se passer. Le total look est dépassé. Aujourd’hui, la mode se mixe et se superpose. Plus encore, le vintage répond à une logique de consommation responsable qui promeut une mode circulaire et éthique à contre-courant des critiques essuyées par l’industrie : production à outrance, gaspillage, non respect des droits humains… Une mode radicalement dans l’air du temps ? Oui, celle d’avant. Entre nostalgie d’un passé magnifié, culte rétro et lassitude de la fast-fashion, le vintage séduit de plus en plus de consommateurs. En 2019, pas moins de 39 % des Français ont acheté au moins un vêtement ou accessoire de mode de seconde main et 48 % des consommateurs indiquent vouloir en acheter davantage dès 2020, selon une étude de l’Institut Français de la Mode. Et cette croissance s’annonce exponentielle. 

Si le vintage était donc autrefois le “dada” d’initiés de mode férus d’histoire, la tendance est désormais mainstream. Comment ? Grâce au look de votre grand-mère très certainement. Mais aussi internet, évidemment. La curation de pièces vintages est désormais un art 2.0 et de nombreux experts et professionnels recherchent chaque jour le graal à travers la toile. Instagram notamment est devenu une véritable source d’archives pour les historiens de la mode. The Sartorialist, Open for vintage, The David Casavant Archive, The Kit Vintage… Ces sites à la renommée internationale s’adresse à l’élite pour vendre des pièces uniques que l’on s’arrache à prix d’or. Mais si certains sites cultivent une nouvelle forme d’élitisme rétro fashion pouvant paraître parfois excluant, le vintage est avant tout une philosophie finalement. Celle de s’approprier son propre temps et son propre style qu’importe la saison, qu’importe le moment. L’idée d’une mode testimoniale, durable. Et surtout originale…